Filmer la police pendant une manifestation lycéenne ou étudiante
Ce qui change quand on filme une foule plutôt qu'un contrôle, et comment préserver vos images même si on vous prend le téléphone.
Depuis la mi-septembre 2026, des lycéens et des étudiants manifestent et bloquent des établissements dans toute la France. Beaucoup de personnes filment, pour la première fois, des interventions de police en pleine foule. Cette page explique comment le faire sans vous mettre en danger ni gêner personne, et comment Witness envoie vos images ailleurs pendant que vous filmez.
En bref. Filmer des policiers ou des gendarmes en intervention dans un lieu public est, dans l'ensemble, légal en France, et le Conseil constitutionnel a censuré en 2021 l'article 24 de la loi sécurité globale. La vraie limite est de s'interposer, pas de filmer. En manifestation lycéenne ou étudiante : restez au bord, à distance, téléphone visible, ne gênez rien, floutez les mineurs avant de publier. Witness Camera, gratuite sur iPhone et Android, envoie vos images toutes les 15 secondes vers un stockage à vous. Situation au 21 octobre 2026. Ceci n'est pas un conseil juridique.
Ce qui se passe, en bref
Ces éléments viennent de la presse et sont attribués à leurs sources. Les chiffres changent vite et divergent selon qui les donne. Situation au 21 octobre 2026.
- Le mouvement a démarré fin septembre au lycée Saint-Exupéry de Créteil, puis s'est étendu à l'Île-de-France et à tout le pays, avec des blocus, des manifestations et des journées nationales de mobilisation, selon Time. Les revendications portent sur le manque d'enseignants, les moyens des lycées, les locaux et Parcoursup.
- Le 13 octobre, le ministère de l'Intérieur a compté 161 500 manifestants en France dont 41 500 à Paris, quand l'intersyndicale de la jeunesse en annonçait 480 000 (Radio-Canada). La préfecture de police a fait état de projectiles lancés sur les forces de l'ordre, qui ont répondu par des gaz lacrymogènes.
- Selon le ministère de la Justice cité par Time, plus de 6 000 personnes ont été arrêtées depuis le début, dont 87 % de mineurs. L'IGPN, la police des polices, avait ouvert 36 enquêtes internes sur des faits présumés commis par les forces de l'ordre (Radio-Canada).
Nous ne prenons parti ni sur les revendications ni sur les violences signalées de part et d'autre. Ce guide sert à documenter ce qui se passe, quel que soit le côté où se trouvent les torts.
Ce que dit le droit, en deux mots
Filmer des policiers ou des gendarmes en intervention dans un lieu public est, dans l'ensemble, protégé par la liberté d'expression. En 2021, le Conseil constitutionnel a censuré l'article 24 de la loi sécurité globale, qui visait la diffusion d'images de policiers identifiables. La vraie limite n'est pas la caméra mais le fait de s'interposer : gêner physiquement une intervention ou refuser de circuler quand un ordre légitime est donné reste sanctionné. Les détails, les sources et ce que nous n'avons pas pu vérifier sont sur la page Est-il légal de filmer la police en France ?. Ce n'est pas un conseil juridique.
Avant de partir
- Codes, pas biométrie. Mettez un code d'au moins six chiffres à la place de Face ID ou de l'empreinte. Sur iPhone, maintenir le bouton latéral et un bouton de volume force le retour au code.
- Batterie. Partez à 100 % et emportez une batterie externe : filmer, sur un réseau saturé, avec envoi continu, est le pire cas pour l'autonomie, et les manifestations durent.
- Configurez et testez Witness avant. Connectez votre stockage (Google Drive, Dropbox, Nextcloud ou WebDAV), faites un essai de trente secondes et vérifiez que le fichier arrive. Witness est gratuit et sans compte chez nous.
- Nommez un contact d'urgence. Chaque enregistrement lui est envoyé au fur et à mesure.
- Écrivez un numéro à la main. Celui d'un avocat ou d'une association de soutien juridique de confiance. Un numéro dans le téléphone est inaccessible si on vous le prend.
- Dites que vous filmez. Prévenez ceux avec qui vous venez. Filmer et manifester tirent dans des directions opposées.
Sur place
- Restez au bord, pas au milieu. Le bord de la foule donne la ligne, la foule et l'espace entre les deux dans le même plan. Le milieu ne donne ni sortie ni contexte.
- Repérez deux sorties et vérifiez-les quand la foule bouge. Le vrai danger est d'être enfermé dans un cordon ou une rue bloquée.
- Prenez de la hauteur si vous le pouvez : marche, mur, porte-cochère. Ce qui est contesté après coup, ce sont les nombres et les distances.
- Filmez le calme d'abord. Les vingt minutes avant sont ce qui prouve qu'un cortège était pacifique, qu'une rue était déjà bloquée, où se trouvaient les forces de l'ordre.
- Dites l'heure à voix haute toutes les quelques minutes et balayez lentement la scène. Faites de même au moment d'une sommation de dispersion, et à celui où la ligne avance.
- Ne gênez rien. Restez à distance raisonnable, téléphone bien visible à la main, jamais à moitié caché. Obéissez aux ordres légitimes de circuler.
- Le réseau va saturer. Avec Witness, les morceaux attendent sur le téléphone et partent dès que la connexion revient, au lieu d'échouer.
Là où les guides divergent
Le guide Filmer la police : avant, pendant, après d'Index (ONG d'investigation numérique, mis à jour le 15 octobre 2026) donne des conseils qui diffèrent en partie des nôtres. Voici les points de désaccord, et ce que nous en pensons.
- Parler à voix haute. Index déconseille de commenter, pour que la bande son garde ce que disent les agents et ne vous identifie pas. D'autres guides conseillent de dire l'heure et le lieu à des moments clés. Notre avis : si vous craignez que votre voix vous identifie, restez silencieux. Si vous parlez, limitez-vous à l'heure et à ce que vous voyez. Dans tous les cas, Witness enregistre le son.
- La localisation. Index déconseille d'activer le GPS. Witness inscrit la position dans le journal de chaîne de conservation de chaque enregistrement si vous l'autorisez, ce qui rattache les images à un lieu. Vous pouvez refuser l'accès à la position : tout le reste fonctionne. Décidez avant le jour J.
- Le direct. Index déconseille de filmer en direct. Witness ne diffuse rien : il envoie des morceaux privés vers un stockage qui vous appartient. Ce n'est pas la même chose qu'une diffusion publique.
- Ce sur quoi tous les guides s'accordent : rester à plusieurs mètres, filmer en plan large avec un repère de lieu visible, éviter le zoom numérique, tenir le téléphone à l'horizontale, ne jamais modifier l'original, filmer à plusieurs sous des angles différents et ne pas publier tout de suite.
Ce qui est vraiment risqué en France
Filmer n'est pas le problème. Ce qui expose à des poursuites, c'est ce qu'on fait avant, pendant et après. D'après la presse et des avocats pénalistes :
- Rester après les sommations. Participer volontairement à un attroupement après les sommations de dispersion est un délit (article 431-4 du Code pénal) : un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende, portés à trois ans et 45 000 euros si l'on dissimule volontairement son visage pour ne pas être identifié. Le caractère volontaire doit être établi, et des avocats notent qu'une personne qui n'a pas entendu les sommations peut le contester.
- Enregistrer et diffuser des images de violences. L'article 222-33-3 du Code pénal fait de l'enregistrement sciemment réalisé d'images de violences volontaires une forme de complicité, et punit leur diffusion de cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende. Le texte ne s'applique pas à l'exercice normal d'une profession ayant pour objet d'informer le public, ni à un enregistrement réalisé pour servir de preuve en justice. D'où le conseil des avocats : remettre les images à un avocat, à l'IGPN ou à la justice plutôt que de les poster.
- Insulter un agent pendant qu'on le filme reste punissable comme outrage, filmer ou non.
- Mineurs. Les peines sont réduites pour les mineurs, mais la garde à vue et les poursuites restent possibles.
Ceci est une synthèse de sources secondaires (Journal du Geek, note de la LDH, résumés des textes). Nous n'avons pas pu lire les articles sur Légifrance : vérifiez le texte exact avant de vous y fier. Ce n'est pas un conseil juridique.
Beaucoup de manifestants sont mineurs
Dans ce mouvement, la grande majorité des personnes placées en garde à vue sont des mineurs, d'après le ministère de la Justice. Filmer pour documenter est une chose, publier en est une autre. Conservez l'original intact, et avant de poster en ligne, floutez les visages de mineurs et de personnes qui n'ont rien à voir avec l'événement. Le RGPD s'applique dès qu'une personne est identifiable dans une vidéo publiée. Vous n'avez en revanche pas d'obligation légale de flouter un agent en intervention, mais cela reste un choix prudent.
Si un agent vous demande d'arrêter ou de donner votre téléphone
Restez calme, ne vous opposez pas physiquement et ne discutez pas le droit sur place. Dites simplement que vous filmez dans un lieu public et demandez la base légale d'une éventuelle saisie. Un ordre donné sur le terrain, même dépourvu de base légale, se gère avec calme plutôt qu'en le contestant sur place : vos recours viennent après, avec un avocat. C'est là que l'envoi pendant l'enregistrement compte : les images sont déjà ailleurs, dans un stockage qui vous appartient.
Après
- Ne modifiez pas l'original. Travaillez sur une copie si vous voulez monter ou flouter.
- Gardez le dossier de session complet : vidéos, manifeste et preuve d'horodatage. Tout se vérifie avec OpenSSL, sans l'application, grâce à cette page (en anglais).
- Confiez-le d'abord à un avocat ou à une association avant de le publier, surtout si des mineurs sont visibles.
Ce que Witness fait, et ce qu'il ne fait pas
Witness filme écran noir, envoie des morceaux de 15 secondes vers un stockage dont vous êtes propriétaire, calcule l'empreinte SHA-256 de chaque morceau et horodate la session. Si on vous prend le téléphone, ce qui était déjà parti est à l'abri. Il ne remplace pas un avocat, ne rend pas légal ce qui ne l'est pas, ne protège pas physiquement et ne garantit pas qu'un juge ou une rédaction acceptera vos images.
Questions
Peut-on filmer la police pendant une manifestation lycéenne ou étudiante en France ?
Oui, dans l'ensemble : filmer des forces de l'ordre en intervention dans un lieu public est protégé par la liberté d'expression, et le Conseil constitutionnel a censuré en 2021 l'article 24 de la loi sécurité globale. La limite réelle est de gêner physiquement l'intervention ou de refuser un ordre légitime de circuler. Ceci n'est pas un conseil juridique.
Qu'est-ce qui est vraiment risqué quand on filme en manifestation ?
Pas le fait de filmer, mais : rester après les sommations de dispersion (article 431-4 du Code pénal : un an et 15 000 euros, trois ans et 45 000 euros si le visage est dissimulé) ; enregistrer puis diffuser des images de violences (article 222-33-3 : cinq ans et 75 000 euros pour la diffusion, avec une exception pour les images destinées à servir de preuve en justice) ; insulter un agent. Synthèse de sources secondaires : vérifiez sur Légifrance. Ce n'est pas un conseil juridique.
Comment filmer en toute sécurité dans un cortège ?
Restez au bord plutôt qu'au milieu, repérez deux sorties, gardez le téléphone visible à distance raisonnable, filmez le calme avant l'incident, dites l'heure à voix haute et n'obéissez qu'aux ordres légitimes de circuler.
Mes images sont-elles en sécurité si on me prend le téléphone ?
Avec Witness, ce qui a déjà été envoyé est dans votre propre stockage cloud. L'application envoie un morceau toutes les 15 secondes ; le morceau en cours et ceux en attente restent sur le téléphone.
Puis-je publier la vidéo en ligne ?
Il n'existe pas d'infraction spécifique pour la seule diffusion d'images de policiers identifiables. Pour les mineurs et les personnes étrangères aux faits, floutez les visages avant de publier et conservez l'original intact.
Witness est-elle gratuite et sur quels téléphones ?
Oui. Witness Camera (nom sur l'App Store : Witness: Camera Beyond Reach) est gratuite sur iPhone (iOS 17 et suivants) et Android (11 et suivants). Une option Pro payante ajoute la qualité d'image, rien de ce qui protège les images.
Préparez Witness avant la prochaine journée de mobilisation
L'application est gratuite. Configurez-la et testez-la avant d'en avoir besoin.
Sources
- Time, « Why Are Students Protesting Across France? », 2 octobre 2026
- Radio-Canada, mobilisation du 13 octobre 2026
- Conseil constitutionnel, décision n° 2021-817 DC du 20 mai 2021
- Journal du Geek, « Manifestations lycéennes : filmer les violences peut vous coûter très cher », 21 octobre 2026
- Index, « Filmer la police : avant, pendant, après », mis à jour le 15 octobre 2026
- Légifrance, article 431-4 du Code pénal
- LDH, point droit « Attroupement, dispersion de la manifestation »
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Voir aussi : Comment filmer la police, pas à pas.
Écrit le 21 octobre 2026. La situation et le droit évoluent. Ceci n'est pas un conseil juridique.